La grève gagne l'usine Renault de Cléon, où 300 jeunes ouvriers séquestrent une dizaine de cadres. Au même moment, grève aux usines Kléber-Colombes d'Elbeuf et La Roclaine de St'Etienne du
Rouvray, dans le même département de Seine-Maritime. Un groupe d'ouvriers de Cléon fait irruption sur le nouveau campus de Mont-Saint-Aignan (Rouen).
Paralèllement, la "journée d'action nationale" de la CGT contre les ordonnances, fait un bide.
Une cinquantaine d'usines occupées en France, dont 5 de Renault (Billancourt, Le Mans, Cléon, Flins, Sandouville), et 10 sur la seule ville du Havre.
On décompte 200.000 grévistes en France. Le mouvement gagne Besançon ou encore le Sud-est. Parmi les grévistes, beaucoup de jeunes titulaires d'un CAP, qui s'estiment déclassés. L'ORTF diffuse
des images de milliers d'étudiants piétinant devant les portes, fermées, de Renault-Billancourt, bastion de la CGT.
Un million de grévistes à midi. Deux millions en fin d'après-midi. Les images de l'ORTF créent des remous au sein des syndicats et des partis de gauche, qui à partir du 19 mai tentent d'entrer
dans le mouvement pour le canaliser ou le récupérer, selon les versions. Parmi les usines en grève, 45 sont dans la métallurgie lourde, 19 dans l'automobile, 17 dans l'électrotechnique, 15 dans
l'alimentation et 13 dans l'aéronautique.
Lundi matin, après un week-end de tractations et discussions, le nombre de grévistes atteint 4 millions, dans tous les corps de métiers, y compris de nombreux cadres et ingénieurs.
8 millions de grévistes
Daniel Cohn-Bendit quitte la France pour faire une "tournée révolutionnaire". Le ministre de l'intérieur annonce qu'il est désormais interdit de séjour en France.
Au soir du jeudi de l'ascension, le président Charles de Gaulle fait une intervention à la télévision. Il annonce un futur référendum sur la participation.
Le soir, après le discours, les manifestants scandent "Son discours, on s'en fout".
Le lendemain, les préfets lui envoient par télégramme les réactions dans chaque région.
A Norcourt (Aisne), la municipalité fait savoir qu'elle refusera d'organiser le scrutin.
Le vendredi, au lendemain de l'ascension, on frôle les 9 millions grévistes. Le record de précédente grande grève de 1936 (6 millions) est largement battu, dans une France qui s'est industrialisé
au cours des 30 glorieuses de l'après-guerre.
Plus de téléphone, courrier, plus d'essence. Dans les médias, malgré la grève, les journalistes continuent à couvrir les événéments. Des musiciens viennent jouer gratuitement dans les usines, où
l'on danse et joue au football.
1ère séance de négociations syndicats/gouvernement, rue de Grenelle, ouverte par Georges Pompidou.
A Nantes, le comité central de grève distribue des bons de fuel aux petits commerces alimentaires et organise le ramassage des ordures. A Cluses (Haute-Savoie), une monnaie émise par les
grévistes et avalisée par les commerçants circule en bons de 10 francs. Dans la Somme, ces sont les municipalités de Saleux, Picquigny, Saint-Sauveur et Flixécourt, qui émettent des bons.
Les accords de Grenelle sont signés à 7 heures du matin, après une nuit blanche. La France entière, privée d'essence et de téléphone, respire au rythme de ses transistors.
Les assemblées générales créent la surprise, en rejetant ces accords et en votant dans la journée la poursuite de la grève, même à l'usine Renault de Billancourt, où la CGT dépasse
traditionnellement 60% des voix aux élections professionnelles et se voit débordée.
Dans l'après-midi, un meeting géant réunit, au state Charléty (dans le sud de Paris) les étudiants de l'UNEF, les militants et dirigeants de la CFDT, de la FEN, de 4 fédérations FO, et d'une
partie des groupes d'extrême gauche.
La CGT propose et obtient d'organiser le lendemain de « grandes manifestations unitaires ».
François Mitterrand propose un gouvernement intérimaire dirigé par Pierre Mendès-France.
Charles de Gaulle a disparu mais laisse entendre qu'il est parti à Baden-Baden consulter l'armée et notamment
le général Jacques Massu.
Le président réapparaît, reçoit Georges Pompidou à 14 h 30, convoque un conseil des ministres pour 15 h, puis annonce à 16 h 30 à la radio la dissolution de l'assemblée
et des élections législatives. Une manifestation, prévue la veille, rassemble huit cent mille personnes le soir même, pour le soutien au président de la république et contre le mouvement social.
Sources : Alain Delale et Giles Ragache, La France de 68, éditions du Seuil.
Conséquences de Mai 68 [modifier]
Au plan politique [modifier]
Les accords de Grenelle [modifier]
Une augmentation de 35 % du SMIC
à 600 F par mois et de 10 % des salaires, la création de la section syndicale d’entreprise, actée dans la loi du 27 décembre 1968 et une quatrième semaine de congés payés, sont entre
autre conclues lors des accords de Grenelle, suite à des négociations menées en particulier par
le jeune haut fonctionnaire Jacques Chirac, et la reprise du travail s'effectue progressivement au début
du mois de juin. La police et la gendarmerie évacuent au fur et à mesure les différents lieux occupés. Les événements ont causé la mort directe de cinq personnes, à peu près au même moment: le
commissaire de police René Lacroix, écrasé par un camion à Lyon, le gréviste de 24 ans Pierre Beylot, ouvrier à l'usine Peugeot de Sochaux Montbéliard (Doubs), tué de deux balles, un autre
gréviste de la même usine, Henri Blanchet, 49 ans, qui est déséquilibré par une grenade offensive, tombe d’un parapet et meurt le crâne fracturé, ou encore le lycéen Gilles Tautin (17 ans), noyé
dans la Seine après la poursuite par des CRS aux abords de l'usine de Flins (Yvelines) ainsi que Philippe Mathérion, 26 ans, dont on retrouve le corps au petit matin sur barricade de la rue des
Ecoles.
Dissolution de l'Assemblée nationale le 30 mai 1968 [modifier]
Les élections législatives de juin 1968 voient la très large victoire des gaullistes, regroupés dans le parti renommé pour l'occasion Union pour la défense de la République. On s'est beaucoup interrogé sur ce retournement de la peur, tant les
médias donnaient l'impression que la population penchait pour le mouvement étudiant. Au fond personne à gauche n'avait donné l'impression de maîtriser ce qui se passait et la solution paraissait
être provisoirement en dehors du mouvement, dans la stabilité institutionnelle.
Référendum sur la régionalisation et le rôle du Sénat du 27 avril 1969 et départ du général de Gaulle [modifier]
Le général de Gaulle avait souhaité un référendum en mai 1968. Georges Pompidou avait plaidé et obtenu la dissolution de l'Assemblée nationale. De Gaulle ne renonce pas à son projet de référendum. Il perçoit que mai 1968 a mis en
exergue un besoin de démocratie plus direct et plus proche du peuple. Il imagine de décentraliser certains lieux de décision et de refonder le Sénat en changeant profondément ses critères de
recrutement. C'est l'objet de ce référendum. Il met tout son poids politique dans la balance en promettant de partir si les Français répondent « non ». Le non l'emporte avec
52,41 % (80,13 % de votants, 77,94 % de suffrages exprimés). Comme il l'avait indiqué, le général de Gaulle part.
Aux plans culturel, économique et social [modifier]
D'une manière générale Mai 68 sera la plus grande contestation de l'ordre existant. La singularité française sera le lien entre la contestation intellectuelle et le monde ouvrier.[8] Mai 68 est une ouverture
brutale de la culture française au dialogue social et médiatique, qui s'infiltrera dans tous les rouages de la société et de l'intimité familiale, et une étape importante de prise de conscience
de la mondialisation de la société moderne (après les guerres « mondiales ») et de la remise en cause du modèle occidental de la « société de consommation ».
- L'une des principales influences de la révolution de mai 68 se situe au niveau socio-culturel, comme l'a reconnu François Mitterrand lors du 20e anniversaire de mai 68.
-
On assiste à une désaffection des Français pour la sphère publique et politique et pour le militantisme en général. Ce sera sans doute le lit de la fin de la peur de la gauche au pouvoir en
1981. Mai 68 est le chant du cygne du conflit « droite-gauche » qui n'existera plus que pour les partis politiques et les campagnes électorales.
-
Les événements de mai 1968 marquent une division politique qui a des répercussions dans la société française. Par exemple, le schisme de l'université des sciences humaines de Lyon II. Actuellement, on situe parfois les personnalités politiques selon le
« côté » des barricades où elles se situaient. Le qualificatif péjoratif de « gauchiste », créé par Lénine en 1920 (« La maladie infantile du communisme »), entre dans le langage courant.
-
De nouvelles valeurs apparaissent. Elles sont notamment centrées autour de l'autonomie, la primauté de la réalisation personnelle, la créativité, la pluridisciplinarité et la valorisation de l'individu
impliquant le refus des règles traditionnelles de la société et la remise en cause de l'autorité. La redéfinition de nouvelles règles se construit autour de l'idée d'autogestion et du communautarisme. Le concept d'autogestion sera concurrencé par celui de cogestion qui sera cher à Edgar Faure dans sa réforme de l'enseignement qui suivra et d'une manière générale très en vogue dans les organisations politiques
inquiètes de cette évolution jugée « anarchique ».
- La libération sexuelle est l'un des grands thèmes de Mai 68, corrélativement à l'arrivée des contraceptifs modernes. Le féminisme aussi se
développe, avec son mouvement le plus radical, le MLF, et
joue un grand rôle dans l'implosion du militantisme traditionnel au profit de thèmes féministes comme l'autorisation
de l'avortement, la remise en cause de la répartition des tâches dans le couple (« Qu'est-ce qui est plus
long : faire cuire le steak d'un révolutionnaire ou celui d'un bourgeois ? »), la « naissance sans violence ».
- La dénonciation des régimes communistes réformistes (l'Archipel du
Goulag, le Cri des pierres) se confirme. Cette désillusion sur le communisme, juste après un engagement politique intense, notamment des maoïstes et de l'extrême gauche qui apparurent un temps parmi les jeunes comme une alternative plus authentique, débouchera sur un
pessimisme généralisé dans les milieux de gauche, un auto-dénigrement systématique de tout ce qui a pu exister avant la Révolution de Mai.
- L'influence de Mai 68 est manifeste dans la pédagogie scolaire en France. De disciple, l'élève devient un sujet pouvant intervenir dans la pédagogie dont il est l'objet, c'est la
coéducation. La dimension de la parole libre, du débat, s'accroît. La discipline autoritaire fait place à
la participation aux décisions. Les enseignants ont été parfois déstabilisés dans l'idée qu'ils se faisaient de leur métier. On critiquera ensuite cette évolution jugée souvent trop permissive.
Elle a aussi été à l'origine de la participation des élèves et des parents aux conseils de classe et de la redéfinition des règlements scolaires dans les établissements dès juin 1968.
- Dans le domaine économique et social
-
Le conflit de la société des montres « Lip », conduit par Charles Piaget du Syndicat CFDT, à Besançon en 1973, sera une illustration très médiatisée de cette
évolution, avec une expérience de mise en œuvre de l'autogestion de l'entreprise qui fera couler beaucoup d'encre.
-
Cette influence aura aussi des conséquences en 1973 dans des mouvements de remise en cause de l'armée et de la force de frappe nucléaire et d'une manière générale dans les mouvements
écologiques (Brice Lalonde) et anti-militaristes (la lutte contre l'extension du camp militaire des
jeunes paysans du Larzac, dont est issu José Bové, le courant de la Non-violence)
et les fameuses ONG comme « Médecins Sans Frontières »
(Bernard Kouchner), directement issues de la prise de conscience planétaire des mouvements de Mai
68. C'est aussi la période de la naissance de l'idée de « Halte à la croissance
? » (1972) titre d'une publication du Club de Rome fondé en 1968.
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Curieusement, si l'on en croit le magazine L'Expansion, le rythme annuel d'augmentation de la productivité « s'accrut » pendant les trois années qui suivirent Mai 68. Il est
clair qu'avec la victoire des gaullistes le 30 mai 1968 pour réprimer le mouvement de mai 68 et casser le mouvement, l'objectif politique n'allait pas dans le sens des revendications des
manifestants contre qui les gaullistes s'étaient livrés à un bras de fer.
On peut noter l'enthousiasme de certaines plumes comme celle de Jacques-Arnaud Penent dans
le journal Combat.
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L'encyclique Humanæ vitæ, publiée en juillet 1968, est surtout connue pour son refus de la contraception.
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La communauté œcuménique des Frères de Taizé devient l'un des pôles structurant de
ce bouleversement. Au début des années 1970, jusqu'à quarante mille jeunes, venus certes du monde entier, mais beaucoup de France, se rassemblent autour d'eux chaque semaine de Pâques dans le
petit village bourguignon de Taizé, qui compte d'ordinaire cinquante habitants. Chacun est invité à participer au « Concile des jeunes ». On crée des « fraternités » dans le monde
communiste, comme dans le monde occidental ou en Amérique latine, à l'image des premiers chrétiens et auprès des plus pauvres. Ces extraits de textes de Taizé expriment le bouleversement
chrétien en écho aux événements de mai 68 : « Le Christ ressuscité vient animer une fête au plus intime de l'homme », « Il va nous donner assez d'imagination et de courage pour devenir signe de contradiction ». Ce « signe de contradiction » deviendra ultérieurement
« signe de réconciliation ».
-
À cette époque s'amplifie également le mouvement des prêtres ouvriers et le mariage des prêtres.
Surtout le nombre de pratiquants dans les églises occidentales traditionnelles va suivre une décroissance considérable et traumatisante pour les responsables religieux.
- La fin des années 1970 a été appelée par certains (comme Gilles Lipovetsky) « l'ère du
vide ». L'élection de François Mitterrand en 1981, sur le thème très mai 68
« Changer la vie », apparut comme une flambée d'espoir ou une crise de panique catastrophique, selon les courants, dans cette évolution politique en France. Mais cette attitude
désillusionnée sur la classe politique reprendra le dessus et est encore très présente de nos jours avec des prises de position critiques, mais une méfiance croissante vis-à-vis du militantisme
politique.
- Il est interdit d'interdire.
- ce slogan mérite une place spéciale : « Il est interdit d'interdire » fut, au départ simple boutade autoréférentielle lancée par le fantaisiste
Jean Yanne ; il fut par la suite repris au premier degré, ce dont le concerné se montrera surpris... et amusé[réf. nécessaire].
- L'imagination prend le pouvoir !
- À bas la société spectaculaire marchande.
- Ne travaillez jamais.
- Je prends mes désirs pour des réalités car je crois en la réalité de mes désirs.
- Fin de l'université.
- Vivre sans temps mort et jouir sans entrave.
- L'ennui est contre-révolutionnaire.
- Pas de replâtrage, la structure est pourrie.
- Nous ne voulons pas d'un monde où la certitude de ne pas mourir de faim s'échange contre le risque de mourir d'ennui (cette phrase tirée de l'introduction du Traité de savoir-vivre à
l'usage des jeunes générations de Raoul Vaneigem fut largement commentée par Thierry Maulnier, qui était membre de l'Académie française, et par le chroniqueur André Frossard, qui le deviendra).
- Ceux qui font les révolutions à moitié ne font que se creuser un tombeau.
- On ne revendiquera rien, on ne demandera rien. On prendra, on occupera.
- La base doit emmener la tête.
- Ne laissez pas les hauts parleurs parler pour vous
- Plébiscite : qu'on dise oui qu'on dise non, il fait de nous des cons.
- Depuis 1936, j'ai lutté pour les augmentations de salaire. Mon père avant moi a lutté pour les augmentations de salaire. Maintenant j'ai une télé, un frigo, un VW. Et cependant, j'ai vécu
toujours la vie d'un con. Ne négociez pas avec les patrons. Abolissez-les.
- Le patron a besoin de toi, tu n'as pas besoin de lui.
- Travailleur : tu as 25 ans mais ton syndicat est de l'autre siècle.
- Veuillez laisser le Parti communiste aussi net en sortant que vous voudriez le trouver en y entrant.
- Soyez réalistes, demandez l'impossible.
- On achète ton bonheur. Vole-le.
- Sous les pavés, la plage (au moment de l'érection des barricades, on avait retrouvé sous le macadam l'ancien pavement de Paris, et sous les pavés - immédiatement utilisés de la façon que l'on
devine - le lit de sable sur lequel ils étaient posés).
- Autrefois, nous n'avions que le pavot. Aujourd'hui, le pavé.
- L'âge d'or était l'âge où l'or ne régnait pas. Le veau d'or est toujours de boue.
- La barricade ferme la rue mais ouvre la voie.
- Il n'y aura plus désormais que deux catégories d'hommes : les veaux et les révolutionnaires. En cas de mariage, ça fera des réveaulutionnaires.
- Le réveil sonne : PREMIÈRE humiliation de la journée !
- Imagine
- Laissez la peur du rouge aux bêtes à cornes.
- Cours camarade, le vieux monde est derrière toi.
- Les murs ont la parole.
- Élections, piège à cons.
- (sur une bouteille de poison) Presse : ne pas avaler.
-
ORTF : La police vous
parle tous les soirs à 20 heures.
- Prenez vos désirs pour la réalité.
- Nous sommes tous des Juifs allemands.
- Le droit bourgeois est la vaseline des enculeurs du peuple.
En réponse aux propos du Général de Gaulle :
- La chienlit, c'est lui (avec l'ombre du Général de Gaulle en fond d'affiche)
- Sois jeune et tais toi (avec l'ombre du Général de Gaulle en fond d'affiche)
En réponse à la violente répression, des affiches sérigraphiées disent :
- Les CRS aussi sont des hommes : la preuve, ils violent les filles dans les commissariats.
- CRS = SS
- Il n'y a peut-être aucun rapport... Mais peut-être aucun.
bonne journée à tous.
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